CameroonSwitzerland

FR | Carole BEFOLO | L’Africanisant: un art, une vision [1/3] | CH | CM |

5 Mins read

Carole BEFOLO est une chef afro-descendant qui travaille entre la France et la Suisse. Elle répond ici aux questions de notre journaliste Francis BOUSS pour OODGE Magazine, le média de la gastronomie afro descendante dans le monde. Un interview en 3 parties où elle nous parlera de son parcours, de sa cuisine et de ses ambitions pour la Gastronomie Africaine.

Bonjour, Cheffe Carole BEFOLO. Bonjour. Comment allez-vous ?

Bonjour

Première question habituelle. On se tutoie, ou on se vouvoie. C’est vous qui décidez !

Je crois que ça fait être plus facile de se tutoyer

Parfait. Carole tu es dans quel pays ?

Je travaille en Suisse mais je réside en France.

Tu es de quelle nationalité ?

Je suis française d’origine camerounaise.

Comment tu t’es retrouvée en Suisse

Je suis née au Cameroun. Ma mère m’a fait venir en France quand j’avais 8 ans. Et ensuite de la France, j’ai atterri en Suisse par mon travail (juste après mes études).

Comment es-tu devenue chef ?

Mon père était (déjà) chef au Cameroun et pour moi c’était comme une évidence pour moi d’évoluer (vers la) Restauration.

Après mon Brevet, j’ai fait un BEP Hôtellerie-Restauration au lycée des Métiers de l’Hôtellerie Restauration & Commercialisation à Chambéry Challes Les Eaux (France). Puis un BAC Pro Cuisine pendant deux ans.

J’ai ensuite fait une mention complémentaire en Pâtisserie ; puis un BTS en Marketing Hôtelier (2015). Juste après, j’ai commencé à travailler directement en Suisse, où je suis depuis près de 5 ans.

Et là, tu travailles dans un restaurant ?

(En ce moment) je suis chef privé. A ne pas confondre avec Chef à domicile.

Et parallèlement, je fais du consulting sur Genève.

Quelle est la différence entre chef privé et chef à domicile ?

C’est un peu comme la différence entre un restaurant traditionnel et un restaurant gastronomique

Un chef à domicile, il vient chez vous et il utilise la plupart du temps vos ustensiles et ce qu’il y a dans votre frigidaire, vos produits.

Un chef privé emmène le restaurant à votre domicile.

C’est deux mondes totalement différents.

En tant que chef privé, est-ce que tu as une équipe avec toi ?

Généralement je fais tout, toute seule, jusqu’à 10-11 couverts. Au-delà, je ramène un serveur et un aide cuisinier. Je fais tout toute seule pour la simple et bonne raison que c’est mon image que je vends. C’est ma cuisine, c’est moi.

As-tu déjà collaboré avec des livres de cuisine ?

Je suis dans mon univers et mon monde. Si bien que je ne m’ouvre pas beaucoup à ce qui est interview, ou livres de cuisine. Ce n’est pas vraiment un monde que je connais.

J’aimerais faire des livres de cuisine mais je n’ai pas encore ouvert mon esprit à ce qu’on me propose. Je ne me suis pas encore orientée dans ça. Je ne vais pas aller solliciter (une maison d’édition) pour faire un livre. Je vais attendre que cela vienne à moi.

Quelle est ta priorité ?

Ma priorité est d’abord de m’affirmer en tant que chef privé et de me faire mon nom dessus. Ça se passe très bien. En acceptant cet interview, c’est un autre palier que je viens de passer.  J’y vais petit à petit.

Je fais partie de ces personnes pour qui si quelque chose doit arriver, ça va arriver. Je ne force pas le destin. Si ça vient à moi, c’est que ça m’est destiné. Si ça ne vient pas, c’est quelque chose qui n’est pas pour moi.

Et, comment savoir que ça vient pour toi, si tu ne vas pas le chercher ? Tu peux passer à côté d’une opportunité.

Si je passe à côté, c’est que ce n’était pas forcément pour moi. Pour l’instant, ma vie, comme ça, me convient. J’aimerai beaucoup marquer l’histoire par ma cuisine. J’aimerai beaucoup mettre en avant la cuisine africaine. J’aimerai beaucoup que les femmes africaines soient reconnues. Beaucoup plus sur ça que sur écrire des livres de cuisine. J’ai, avant tout, envie de cuisiner et non d’être un de ces chefs « qui se promènent » pour promouvoir des choses et qui ne cuisinent plus.

D’accord, mais dans le coté promotion de la femme chef ou de la femme africaine, est-ce qu’il y a des actions que tu as déjà réalisées ou que tu vas réaliser ?

En Suisse en tout cas, on connaît la Cheffe BEFOLO Carole et l’ « Africanisant ». Pour moi, ça me va. Je sais que je peux faire beaucoup plus, je ferai beaucoup plus, mais déjà à mon niveau.

Au rythme auquel j’avance, je suis déjà très fière de ce que j’ai accompli toute seule. Je suis déjà contente. Certes pour certaines personnes ce n’est pas beaucoup, ce n’est pas grand-chose, mais pour moi, c’est beaucoup.

On connait le Ndolé, on connait quelques plats africains. On me connait moi, donc ça me va.

Il y a le chef Christian ABEGAN que j’aime beaucoup et que j’ai découvert (seulement) l’année dernière, pour te dire. Preuve que je ne suis pas très ouverte au monde. Il est dans pas mal de choses. Il fait avancer les choses. J’aimerai beaucoup avoir sa facilité à s’exprimer, mais moi je suis très timide et je fais plus parler par la cuisine que par les paroles.

Est-ce que tu participes à des salons comme Afrik Festifood en Suisse, par exemple ?

J’avais été sollicitée en effet pour ce salon mais finalement les entretiens n’ont pas abouti à une collaboration car nous avions une différence de point de vue. Je demande surtout qu’il ne faut pas juger les chefs par rapport à leur âge mais plutôt par rapport à leur expérience, leur maitrise technique et surtout leur cuisine.

Dans la cuisine, il y a des grades. Comment on devient chef ? Il ne suffit pas de dire que « moi je suis chef ! ». Est-ce que ce n’est pas en fonction de l’expérience, du temps passé dans un restaurant que l’on devrait obtenir ce titre de chef ?

Ce n’est pas en rapport avec l’âge. Tout le monde peut se dire chef, mais tout le monde ne peut pas être un chef. Il y a des étapes. Tu dois passer tous les grades et ensuite tu deviens chef. Il y a des personnes qui sautent des étapes et qui se disent chef. Il ne suffit pas de (savoir) cuire un œuf pour devenir réellement un chef.

Le Chef Yannick ALLENO (NDLR : un chef français renommé) l’avait dit sur les réseaux sociaux pendant la première vague de covid. Il avait dit « Tout le monde sur les réseaux se dit chef, sous prétexte qu’il sait faire une virgule sur une assiette, mais ça ce n’est pas (être) un chef ».

Moi, quand on m’appelle Befolo Carole, cela ne signifie pas que je suis un chef. Je préfère qu’on me respecte en tant que Befolo Carole ; que me respecter en tant que Chef Befolo Carole. Chef ce n’est pas pour moi un signe de respect. C’est une étiquette qu’on utilise à tout va.

Est-ce qu’en Suisse, il y a la notion de « chef certifié » comme aux USA ?

Ça se passe comme en France. Un chef est un chef, sans passer par une notion de chef certifié que je ne connais pas.

Pour aller plus loin :

P.S. Si vous avez apprécié cet article, pensez à soutenir notre webzine  avec un petit don mensuel ou unique. Merci pour votre soutien!

97 posts

About author
Fondateur de Oodge
Articles
Related posts
CameroonCentral AfricaChef.f.e.sRestaurants

FR | Laurent MONTCHO | Un chef méticuleux | CM |

2 Mins read
MONTCHO Laurent est un chef de cuisine originaire du Cameroun. Fils d’un chef de cuisine talentueux, c’est naturellement…
CameroonChef.f.e.sSwitzerland

FR | Carole BEFOLO | L'Africanisant: un art, une vision [3/3] | CH | CM |

4 Mins read
3ième et dernière partie de notre entretien avec la Cheffe Carole BEFOLO. Elle se plie ici à notre…
CameroonChef.f.e.sSwitzerland

FR | Carole BEFOLO | L'Africanisant: un art, une vision [2/3] | CH | CM |

8 Mins read
Carole BEFOLO est une chef afro-descendant qui travaille entre la France et la Suisse. Elle répond ici aux…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.